Haydn: The seven last words of our saviour, Hob. XX.2 | Jordi Savall

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Arthur H & Lhasa – On rit encore (Paris, Trianon, 2000)

 

Bienvenue en mon cirque
Mon cabaret du ridicule
Ce soir, vous faites l’homme fort
Et moi, je joue les funambules

L’homme fort, sachez
Doit d’abord avoir l’air de faire
Un grand effort en silence
Il danse tout seul avec la mort

Nous sommes d’ici
Nous sommes gentils bien sur
Nous sommes plus forts plus forts que la nature nature
Nos avancions rayonnant
D’optimisme et d’amour
Qu’on a tout vu, tout vu
Et on rit encore encore

Et cependant je continue
Moi à risquer ce qui bouge dans mon ventre
Vous êtes si stoïque
Et moi si imprudente

C’est si burlesque
Si pittoresque
L’homme fort et la jeune funambule
Jouant à la cachette dans un hôtel qui brule

Nous sommes d’ici
Nous sommes gentils bien sur
Nous sommes plus forts plus forts que la nature nature
Nous avancions rayonnant
D’optimisme et d’amour
Qu’on a tout vu, tout vu
Et on rit encore encore

 

Henri Michaux- Le Clown (lecture: Juliette Binoche)

 

Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans le grotesque, dans l’esclaffement, le sens que contre toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert
à tous
ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…
(Henri Michaux, « Peintures » (1939,) in L’espace du dedans, Pages choisies, Poésie / Gallimard, 1966, p.249 )

 

 

 

 

Le Clown, poème d’Henri Michaux, est l’un de ceux qui ont été le plus commentés et en même temps l’un de ceux qui ont été le moins compris. La plupart n’y ont vu que la nécessité de l’humilité pour éviter le narcissisme, la prétention, la fatuité…

Mais ce texte va bien au delà de ce genre de principes de morale et de bienséance. Il nous dit qu’en n’”étant rien”, qu’en se détachant de l’obsession d’être quelqu’un, on peut accéder à une liberté supérieure, et entrer “dans l’infini esprit sous-jacent” à toute chose.

Voici une lecture de ce poème par Juliette Binoche, extrait de l’émission “A voix nue” de Jérome Clément du 8 Janvier 2010 sur France Culture.

 

 

Schubert -Symphony No. 8 in B minor, D. 759 „Unfinished”

 

Mikola Bajan- Simfonia neterminată a lui Schubert

 

Franz Schubert mă numesc. Şi vă explic pe loc, căci nu mi-i greu,

Cu ce-mi bat capul noaptea, ce visez mereu,

Deşi pe mine însumi tot mă-ntreb de când mă ştiu:

Să cred în vise? Şi de nopţi întotdeauna sigur pot să fiu?

Eu noaptea tac şi strig. Strigând îmi trece de urât.

Prin bezne şi dureri şi linişti strigătele mele trec

Şi seamănă cu plânsul şi cu funia de gât

Sub care zilele-mi petrec.

Mă balansez deasupra gropii visului crucificat,

Pe dos fiinţa mi-am întors, tot sufletul mi-am scormonit,

Măsor adâncul gropii fără fund

Şi-n care vii şi moarte rădăcini s-au împletit rotund.

Se surpă straturi de-amintiri sedimentate

Şi vise îndrăzneţe ale unui ţânc,

Iar din adâncul fără fund pornesc drumeaguri răsfirate

Spre un adânc şi mai întunecat şi mai adânc.

Ascult învălmăşeala din adânc. Şi tot întreb cu disperare:

În pieptul meu de-acolo sare

Durerea, ca o tarantulă-n dorul lelii,

Sau şarpele-ndoielii?

În mine s-a mişcat ceva nedesluşit,

Bârlogu-mi tremură şi tot e răvăşit,

Pe nesimţite cugetul s-a deşteptat

Şi deznădejdea, ca un urs trezit din somn, s-a scuturat

Tot strig şi strig fără să ştiu

De voi scăpa de arătarea asta mort sau viu,

Sau, poate,-cine ştie toate tainele?!-

În zdrenţe-mi va preface numai hainele.

Îmi trebuie un singur scăpătat de stea,

Îmi trebuie să fac un singur pas

S-ajung la ziua care-abia, abia mai poate-n loc să stea,

căci eu trecând de bezna care-a mai rămas

Şi înteţind al viselor nestinsul jar,

Voi îngâna un cântec iar.

Ca steaua binefăcătoare

Ca preacurata mea durere

Sub cer întodeauna răsuna-va simfonia ta nemuritoare.

N-ai terminat-o!Şi nimeni s-o termini nu-ţi cere,

Căci ea, aşa neterminată-i…nesfârşită

Şi-i operă fantastic de desăvârşită.

(Trad. Ştefan Tcaciuc)